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Il y a bien longtemps que je n’ai lu un tel livre… Cette terre natale n’a rien de nostalgique. Elle foisonne au contraire d’une incroyable richesse artistique, culturelle, littéraire. Elle est celle de Jean Clair qui a été directeur du Musée national Picasso-Paris jusqu’en 2005, qui est membre de l’Académie Française depuis 2008, spécialiste de l’art, contemporain surtout, qui aime Giacometti. Il se livre dans ses pages à des exercices de piété. Il revient sur son enfance en Mayenne, mais oui, s’adresse à ses parents de manière émouvante, se souvient de la communion, tel un rite de passage, on quittait le pantalon court pour le long, avec « la montre tictaque » au poignet, le brassard etc… et lui n’eut qu’un pantalon court. Dans mon cœur montait la colère/ Du pauvre envers les possédants, / La culotte courte est moins chère, / Et je maudissais mes parents. Longtemps, la crainte le saisira. Sous la Coupole ou ailleurs la vérité : je ne suis qu’un enfant faufilé en ces lieux par erreur. Se guérit-on de son enfance ? Et le faut-il ?

Il parle de l’ego, le qui suis-je ? Qui m’a formé ? Il a rêvé. Qui rêve à ma place ? (…) Ils prirent ce qui les effluait. « Effluer » pourquoi ce mot est-il venu, et s’est imposé après ce rêve ? Il cherche. Le mot est très ancien. Il ne l’a trouvé que chez Christine de Pisan, première femme de lettres à avoir vécu de sa plume. Et s’il avait habité un corps qui n’était pas le sien… Je ne sais plus comment en sortir, ni comment y rentrer.  Et les souvenirs s’égrènent, les réflexions suivent. Goethe, Jean-Sébastien Bach sont là. Encore une fugue chez le musicien pour louer le Seigneur bien-aimé. Il y a Levinas et Freud… aux deux bouts de la réflexion juive. Le Visage contre le Verbe. La Face insupportable et le Mot impossible. C’est le visage, dit Freud, qui interdit la parole : invention du divan, et du fauteuil disposé derrière. La Parole ne se libère qu’en l’absence d’un visage.

On aime ces pages comme le chant d’un oiseau dans le silence. Il cite Châteaubriand, se tourne vers François d’Assise plus près de la vérité. Et s’il se souvient de Francinet écrit par Madame Fouillé, la Lavalloise qui avait précédé le Tour de France de deux enfants dans lequel son père a appris à lire, il n’oublie pas le poème Je suis l’enfant de la misère (…) Le riche, dit-on, est mon frère, Mais mon frère pense-t-il à moi ?

Le lecteur en tout cas n’oubliera pas ces exercices de piété. Une manière de remettre les pendules à l’heure, de capter le temps, ne serait-ce qu’un bref instant. Le feu peut s’emparer des monuments (la cathédrale). Il dit ne plus aimer les musées, mais heureusement l’esprit demeure.

À lire et à faire lire absolument.

 

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