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Je me suis interdite de dire du mal d’un ouvrage pour deux raisons : par respect pour l’auteur, et parce que, n’ayant pas la science infuse, celle du jugement objectif, je peux ne pas aimer certaines pages qui séduiront d’autres lectrices et lecteurs.

J’ai refermé cette nuit l’ouvrage de Raphaëlle Bacqué, journaliste qui travaille souvent avec Ariane Chemin. Elles sont des auteures dont je respecte le travail, la précision et la justesse des informations. La lecture achevée, je suis restée dans l’étrangeté.

Raphaëlle s’intéresse aux personnages de notre époque et cherche à lever le voile dont se drapent, pour quelque raison que ce soit, certaines et certains. Elle le fait telle une enquêtrice, une grande journaliste, mais avec la plume d’une romancière.

Karl Lagerfeld n’est plus. Le grand couturier, le fou des dessins, le fou de lui-même surtout, ne voulait pas de funérailles officielles. Quand on est mort, on est mort, n’est-ce pas ? L’auteure était dans l’écriture de cet ouvrage, enquêtait sur les zones d’ombre, l’aspect trouble du personnage dont elle avait décelé bon nombre de mensonges lancés avec le faste qu’on lui a connu. Et que découvre-t-elle ? Une file de limousines noires, des invités triés sur le volet (pas moins de deux cents) dont Caroline de Monaco, Inès de la Fressange, Bernard Arnault et ses enfants… Ils sont là… La Maison Chanel a organisé ce rassemblement à peine mort, on désobéit à Karl qui ne voulait pas de funérailles Plutôt mourir, riait-il… Quand c’est fini, c’est fini.

Et nous entrons dans la vie de ce fils de grand bourgeois de Hambourg. Tant de fois, il a dit avoir un père suédois, baron ou norvégien. Il ne voulait pas parler de ce passé prussien… Des affinités de son père industriel vaguement de mèche avec le système nazi pour vendre son lait en poudre (firme que reprendront les États-Unis)… Le gamin enfant est bizarre… Il dessine sans cesse. Il s’installe à Paris avec l’argent de papa qui lui offre des dizaines de costumes et devient free-lance dans la mode. Il y fait des rencontres, noue des amitiés, des amis qui deviendront des ennemis (Yves Saint-Laurent) donne fêtes éblouissantes où circule la cocaïne à laquelle s’ajoute le vin blanc qui augmente les effets de la drogue. On verra même des écrivains comme Pierre Combescaut (aujourd’hui décédé) faire le pitre et danser Le Lac des Cygnes, vêtu d’un tutu noir. Le noir allait si bien à Kaiser Karl, à la fois homme d’une autre époque, dandy désuet qu’il s’efforçait de garder et projeter dans l’avenir, et génial dessinateur pour vêtir les femmes du monde. Mais la personne dont il était le plus proche, c’était lui. Raphaëlle écrit : Partout, où il trouve un miroir, il s’observe avec enchantement : « Le narcissime est une bonne chose. Cela vous empêche de vous laisser aller. Ce n’est rien d’autre qu’un instinct de préservation. »

Reste que l’homme n’a pas eu tous les pouvoirs. La mort est venue le chercher. Le destin de tout vivant. La mort a décroché le cintre qu’il voulait être… Il avait aussi ce talent d’autodérision. Que restera-t-il de lui ? Son génie créatif ou ses mensonges ? Il voulait être exceptionnel. S’il le fut, il n’a pas souvent emprunté les routes droites. Les sentiers de traverse lui convenaient bien pourvu qu’il y ait une clairière où l’ombre et la lumière pouvaient s’épouser. Et nous, les gens de peu, formule empruntée au sociologue Pierre Sansot, l’oublierons très vite.

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