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Comme beaucoup le savent, vingt ans de radio à rencontrer des auteurs, donc à lire leurs ouvrages, m’ont rendu un peu dingue de lectures.

Quand je serai plus au calme, me disais-je, j’ouvrirai une autre fenêtre, un blog pour évoquer les livres lus et aimés. Il a fallu beaucoup de temps et l’immense gentillesse d’Isabelle du Hall du Livre pour y parvenir.

Un livre, Nous étions seulement des  enfants m’a interpellée en septembre 2018. Je l’ai lu, relu et gardé sur la commode près du lit où je me berce des mots et dors car il est de ceux qu’il faut faire connaître.

Rachel Jedinak a plus de quatre-vingts ans et préside le comité Tlemcen qui, depuis vingt ans se bat pour le souvenir des enfants disparus.

En 140 pages, elle relate avec une économie de mots, infiniment de tendresse et de pudeur comment elle a pu survivre à la première rafle du Vél’ d’Hiv en juillet 1942. D’autres camarades de classes, membres de sa famille, n’ont pas eu sa chance. Pendant des années, elle a bataillé pour faire apposer dans les écoles, collèges et lycées des plaques au nom des enfants oubliés.

Comment est né ce besoin d’imposer le souvenir et le témoignage ? Il a fallu que jeune maman, un jour sa fille rentre de l’école et lui dise : « Tu es méchante ? » Pourquoi ? a demandé Rachel. « Parce tous les enfants ont des grands-parents, pas moi. »

Ce récit montre la vie normale des enfants à Belleville qui jouent aux osselets… C’était avant l’obligation de se cacher, avant les arrestations avec la complicité des policiers français : « Pour eux, nous n’étions pas des enfants comme les autres. Parce que nous étions juives, nous n’avions aucune valeur… »
Si Rachel a pu quitter le Vél’ d’Hiv, c’est parce que sa mère avait repéré qu’une enfant avait réussi à se faufiler par une issus de secours à peine gardée. La maman intima alors à ses deux filles d’emprunter le même chemin. Mais Rachel restait pendue à la jupe de sa mère. Il a fallu un geste terrible pour séparer sa fille d’elle. Une gifle, d’une force inouïe ! Jamais Rachel n’avait été ainsi frappée. Longtemps, elle revivra cet instant et entendra sa mère dire : « Si on revient vous chercher, essayez toujours de fuir. »

Une fuite qui fut sa chance.

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